10 attitudes pour lutter
contre le tribalisme
La saine observation, l’écoute et la lecture attentives des discours
et vidéos dans les réseaux sociaux, sur les plateaux de télévision et d’autres
supports médiatiques, nous renvoient directement dans un univers où se côtoient
toutes sortent d’atrocités langagières qui entretiennent et exacerbent le
tribalisme dans notre pays. Malgré ces dérives issues d’une autre époque et
portées par quelques individus, toutes les composantes de ce pays l’aiment
profondément et ne veulent qu’une chose, y vivre ensemble dans la paix, la
fraternité et la concorde. Malheureusement beaucoup d’entre nous ne se sont pas
véritablement posés la question de savoir quelle était leur propre contribution
à la promotion ou à la détérioration de notre vivre ensemble. Or, inconsciemment
beaucoup de camerounais sont des relais voire des amplificateurs passifs de
cette déferlante de haine, certains mettant même, consciemment ou
inconsciemment, de l’huile sur le feu en prétendant la combattre.
On peut se réjouir que le corps social a pris conscience que
cette situation est en train de mettre en péril notre survie collective en tant
que nation et engage des actions sensibilisation et de promotion sur la paix et
le vivre ensemble. Les pouvoirs publics, les chefs traditionnels, les partis
politiques, la société civile sont engagés dans cette dynamique. Sur la toile
et sur les médias, le ton reste haut et la violence verbale banale. Il faut
craindre que le travail des pouvoirs publics et de la société civile pour
enrayer ce fléau sera vain, si chaque camerounais ne s’y implique pas
personnellement une fois qu’il prend conscience de la gravité de la situation. Cette
réflexion est une modeste contribution qui vise à donner à tout un chacun des
moyens simples de mobiliser s’impliquer individuellement pour le retour à la
sérénité.
1 Ignorer les insultes
La mobilisation de la haine
passe souvent par l’insulte qui déclenche la colère, l’indignation et entretient
le rejet de l’autre en jouant sur nos émotions. Ignorer l’insulte, l’invective
et le dénigrement est un moyen simple de retirer aux promoteurs de la haine
leur arme la plus puissante. Ne répondons jamais à l'insulte par l'insulte. Quel
que soit leur comportement, les camerounais méritent de la considération. L'insulte
caractérise la faiblesse intellectuelle, le manque d'arguments. N’y cédons pas.
2 Dominer nos émotions
Nos émotions nous dictent plus
souvent qu’on ne le croit notre comportement. Quand on est attaqué, frustré ou
humilié du fait de notre appartenance ethnique ou à tout autre groupe social
parfaitement identifiable, ne nous laissons pas aller à nos émotions.
Donnons-nous quelques instants de réflexion avant de répondre ou d’agir.
Maîtrisons-nous et essayons de rester calme.
3 Être maitre de nos pensées
Aucun individu, fut-ce-t-il chef
traditionnel ou responsable politique, ne peut engager sans mandat sa tribu ou une
communauté à laquelle il appartient sans en avoir reçu un mandat formel. Ceux
qui tiennent des discours tribalistes parlent en leur propre nom. Ils ne
peuvent pas produire le mandat qui leur donne le droit d'engager les autres
dans leurs positions. On ne devrait pas épouser les positions tribalistes de
quiconque au motif qu’il est une autorité ou un membre d’une communauté, d’une
tribu ou d’une association à laquelle on appartient.
4 Savoir que la vérité n’est pas relative
La vérité ne change pas avec la
personne qui l'énonce. Quel que soit le niveau hiérarchique de l'autorité. Que
cette dernière soit scientifique, religieuse, judiciaire, militaire ou
politique. Nul ne peut changer la valeur de vérité d'un fait. Ce qui est vrai
est vrai même si c'est le diable qui l'énoncé, ce qui est faux est faux, même
si ça sort de la bouche de Dieu lui-même. La vérité ne change pas non plus ni avec
le lieu et ni avec l’espace.
5 S’interroger sur les méfaits de la violence
Il nous arrive de ne pas
maîtriser nos émotions face aux dérives tribales. Alors nous versons dans la
violence verbale, psychologique et même physique. Quand vous aurez retrouvé votre
calme, n’oublier pas de faire le bilan des gains et de pertes de votre
attitude. Pensez aux violences qui peuvent découler de la réponse de l’autre.
Pensez que vous aurez pu être l’étincelle qui allume la mèche d’un affrontement
tribal et prenez la résolution de ne pas se faire justice et de rechercher les
voies légales pour résoudre les problèmes.
6 Chercher à connaitre l’autre
La diversité est une richesse.
Cherche à connaitre l’autre. Quand on fait attention à l’autre, on s’enrichit
de sa propre culture de la sienne. Quand tu l’auras connu, la tribu disparaitra
derrière l’homme et tu verras les espaces de rapprochement ou de convergence
sont infiniment plus nombreux que ce qui vous sépare.
7 Accepter la contradiction
La contradiction est le moteur
de l'évolution des mentalités, des cultures et de la science. Penser
différemment n’a rien à voir avec la tribu. L’approche de la vérité étant
multiforme, la contradiction contribue à mieux rechercher cette vérité. Celui
qui ne pense pas comme toi t'enrichie dans le renforcement de ta connaissance
en relevant ses faiblesses tant au regard de la découverte du mieux ou de la
vérité. Donc ton contradicteur n'est pas ton ennemi, au contraire, si tu veux
t'améliorer, si tu es préoccupé par le mieux-être pour tous, considère-le comme
une torche qui éclaire ton chemin vers le mieux être
C'est pour ces raisons que celui
qui ne pense pas comme vous ne doit pas être considéré et ne doit pas se
considérer comme un ennemi, mais comme un partenaire qui constitue l'un des moyens
de mettre la lumière sur les matériaux que nous voulons utiliser pour bâtir
notre maison commune. Ici, le seul combat doit être celui des arguments, pas
celui des chefs, des chapelles, des communautés, des tribus, des idéologies
8 Être logique et critique
La logique et l’esprit critique nous
permettent d’abandonner les sentiments et les émotions pour adopter les règles
d’un raisonnement basé sur les faits vérifiés et pouvant servir d’argumentaire puisant
la force de persuasion dans la science, le droit, ou la morale. Adopter la
logique et l’esprit critique c’est refuser les affirmations gratuites, les faux
raisonnements qui généralement cherchent à défendre l’indéfendable et qui contredisent
les valeurs acceptées par la société. Adopter une démarche basée sur la logique
et une pensée critique dans l’appréciation du flot d’informations qui nous
inondent, nous permettra d’éviter les généralisations hâtives du genre
« comme un tel est tribaliste alors c’est tout son village qui est tribaliste.
9 Eliminer les stéréotypes de notre langage
Dans notre vivre ensemble nous
avons pris l'habitude d'interpeller gentiment nos amis et nos collègues par des
stéréotypes qui font référence à certains aspects plus ou moins caractéristiques
de leur tribu ou de leur communauté. Les dérives tribales que l’on constate
actuellement nous commande d'arrêter ces pratiques, qui jusqu'alors ne
véhiculaient aucun caractère stigmatisant.. Toi qui interpelais gentiment to
ami « wadjo », « bami », « anglo », « kwa »
etc, ne le fais plus. Il comprendra que c'est dans vos habitudes, mais son
voisin ou un passant qui ne connais pas vos us le prendra mal. Ceux qui dans
les services publics ou privés usent de ces stéréotypes pour s’adresser aux
usagers et aux clients doivent savoir que leur contribution à la détérioration
du vivre ensemble et la prolifération de la haine tribale est tout simplement
énorme.
10 Partager responsable sur les réseaux sociaux
Les réseaux sociaux ont fait de
chaque possesseur de smartphone un amplificateur de la diffusion de
l'information y compris donc celle à caractère tribal. Partager ce genre
d’information fait nous un relai amplificateur du tribalisme.
J’exhorte ceux qui auront lu ce papier de garder à l’esprit
de mettre en pratique ces suggestions. Chacun de nous qui refuse consciemment
d’être un vecteur du tribalisme, brise du coup une des branches de l’arbre qui
est en train de pousser. Plus nous sommes nombreux à le faire, plus l’arbre du
tribalisme va sécher et mourir.
NB: Ce papier a fait l'objet d'une tribune dans le journal Mutations du 19 août 2019 et a été publié également par Menoua Actu.